Histoire
L'histoire
Construite entre 1876 et 1888 sous la dynastie qajare pour le notable Mirza Hasan Ali Nasir al-Mulk, cette mosquée de Chiraz est surnommée la « mosquée rose » pour ses carreaux où dominent roses, rouges et jaunes, une palette rare dans l'art iranien, traditionnellement bleu. Le chantier, confié à l'architecte Mohammad Hasan-e Memār, aura duré une douzaine d'années pour un édifice de quartier de taille modeste, capable d'accueillir quelques centaines de fidèles seulement.
Sa merveille tient à sa salle d'hiver : chaque matin, le soleil traverse ses hautes fenêtres de vitraux et projette sur les tapis et les colonnes torsadées un kaléidoscope mouvant de couleurs, faisant de la lumière elle-même le principal matériau de l'architecture.
Une salle conçue pour le soleil du matin
Les mosquées iraniennes traditionnelles distinguent souvent une salle d'été, fraîche et ombragée, et une salle d'hiver, orientée pour capter la chaleur et la lumière du soleil bas. C'est cette seconde salle, le shabestan d'hiver, qui a rendu Nasir al-Mulk célèbre. Son orientation n'a rien d'accidentel : l'édifice a été pensé pour recevoir le soleil du matin de plein fouet.
La conséquence est que le spectacle a un horaire. Les visiteurs qui arrivent en fin de matinée le manquent : à mesure que le soleil monte, l'angle d'incidence se referme, les taches de couleur remontent le long des murs, pâlissent, puis disparaissent. En milieu de journée, la salle retrouve une lumière presque ordinaire. C'est la raison pour laquelle les photographes s'y pressent dès l'ouverture, aux premières heures.
La saison compte tout autant que l'heure. La période la plus favorable court de la mi-octobre au début de l'hiver, quand le soleil reste bas sur l'horizon et frappe les vitraux de biais, prolongeant l'effet et intensifiant les couleurs projetées. En plein été, le soleil trop haut réduit nettement le phénomène.
L'orsi, une technique persane
Les fenêtres qui produisent cet effet ne sont pas des vitraux au sens des cathédrales européennes, où le verre coloré est serti dans du plomb. Ce sont des orsi, un type de menuiserie persane : un châssis de bois finement ajouré, assemblé en réseaux géométriques, dans lequel viennent se loger des pièces de verre teinté. Le bois dessine la trame, le verre donne la couleur, et l'ensemble fonctionne comme un filtre qui décompose la lumière du jour.
Cette technique était employée dans l'architecture domestique et palatiale iranienne bien avant d'être appliquée ici à une échelle aussi spectaculaire. Ce que Nasir al-Mulk apporte, c'est la combinaison entre ces baies vitrées surdimensionnées, une salle basse aux colonnes torsadées qui multiplie les surfaces de réception, et des tapis clairs au sol qui jouent le rôle d'écran.
Une mosquée rose dans un pays bleu
Le surnom de « mosquée rose » tient à un choix chromatique inhabituel. La céramique iranienne classique, celle d'Ispahan notamment, privilégie les bleus profonds et les turquoises. Ici, les carreaux font une place inhabituelle au rose, au rouge et au jaune, avec des motifs floraux qui trahissent l'esthétique qajare du XIXe siècle, plus décorative et plus perméable aux influences européennes que les périodes précédentes.
La mosquée reste un lieu de culte de quartier, toujours en activité, et la fondation qui l'entretient est encore administrée par les descendants de son commanditaire. Sa célébrité photographique récente, largement portée par les réseaux sociaux, contraste avec sa vocation d'origine : un édifice modeste, construit pour une communauté locale, devenu par accident l'une des mosquées les plus reconnaissables au monde.
Anecdotes & faits marquants
- Le spectacle des vitraux ne dure que quelques heures : il faut venir tôt le matin, idéalement en hiver.
- Ses carreaux roses lui valent d'être l'une des mosquées les plus photographiées du monde.
- La fondation qui l'entretient est toujours gérée par les descendants de son commanditaire.


