AccueilBlog › Samarcande, Sarajevo, Tirana : les mosquées d'Asie centrale et des Balkans

Découverte · 6 min de lecture · 2026-02-16

Samarcande, Sarajevo, Tirana : les mosquées d'Asie centrale et des Balkans

De Samarcande à Tirana en passant par Sarajevo, ces trois mosquées jalonnent une route moins connue de l'architecture islamique : celle de l'Asie centrale timouride et des Balkans ottomans, où l'islam s'est enraciné dès le Moyen Âge sans jamais cesser d'y être pratiqué.

Vue rapprochée du dôme principal de la mosquée Bibi-Khanym, Samarcande
Mosquée Bibi-Khanym
Vue extérieure de la mosquée Gazi Husrev-beg, Sarajevo
Mosquée Gazi Husrev-beg
Vue extérieure de la mosquée Et'hem Bey, Tirana
Mosquée Et'hem Bey

Bibi-Khanym, la démesure de Tamerlan

Construite entre 1398 et 1404 sur ordre de Tamerlan (Timur), la mosquée Bibi-Khanym de Samarcande devait rassembler toute la population masculine de la ville pour la prière du vendredi. Timur fit venir des architectes et artisans de sa campagne d'Inde pour la bâtir à l'échelle de son empire ; à son achèvement, c'était l'une des plus grandes mosquées du monde islamique. La construction hâtive fragilisa cependant l'édifice, et l'arc de son portail principal s'effondra lors d'un séisme en 1897.

Gazi Husrev-beg, cœur spirituel de Sarajevo

Construite en 1530, financée par le waqf du gouverneur ottoman Gazi Husrev-beg, la mosquée Gazi Husrev-beg est la plus grande mosquée historique de Bosnie-Herzégovine et l'un des exemples les plus représentatifs de l'architecture ottomane classique dans les Balkans. Gravement endommagée par les bombardements du siège de Sarajevo (1992-1996), elle a été restaurée dès 1996, redevenant le symbole de la résilience de la communauté musulmane bosniaque.

Et'hem Bey, la mosquée qui a survécu à l'athéisme d'État

Commencée vers 1791 par Molla Bey et achevée au début du XIXe siècle par son fils Haxhi Et'hem Bey, la mosquée Et'hem Bey de Tirana se distingue par ses fresques représentant arbres, cascades et ponts, rares dans l'art religieux ottoman tardif. Fermée durant la période communiste, quand l'Albanie se proclama officiellement premier État athée du monde, elle a survécu grâce à son statut de monument historique protégé. Le 18 janvier 1991, environ 10 000 personnes y assistèrent à la prière du vendredi malgré l'interdiction gouvernementale encore en vigueur, un moment resté dans les mémoires comme la fin de facto de l'interdiction religieuse en Albanie.

Khiva, la quatrième : une mosquée qui n'a ni cour ni coupole

Les trois édifices ci-dessus partagent une grammaire : coupole, portail, cour. À quelque huit cents kilomètres à l'ouest de Samarcande, dans l'oasis du Khorezm, la mosquée du Vendredi de Khiva n'a rien de tout cela. Vue de la rue, c'est un volume bas en brique de terre percé d'une porte ordinaire. Toute l'architecture est à l'intérieur.

La salle mesure environ cinquante-cinq mètres sur quarante-six. Le plafond est plat, en bois, et il repose sur deux cent douze colonnes de bois disposées en dix-sept rangées. Il n'y a aucune fenêtre : la lumière tombe de trois puits ouverts dans le toit, et le reste de la salle reste dans la demi-obscurité. Dans une ville où l'été dépasse largement les quarante degrés, une salle aveugle est d'abord une réponse au climat.

Le fait le plus remarquable ne se voit pas. Vingt-cinq de ces colonnes sont bien plus vieilles que la salle qui les abrite, datées du dixième au seizième siècle, et quatre d'entre elles portent une inscription en coufique. La salle, elle, a été reconstruite à la fin du dix-huitième siècle, et les charpentiers ont récupéré des bois dans des bâtiments en ruine. Le bâtiment a été refait ; les colonnes ont seulement changé de toit.

Ce que ces routes ont en commun

D'Ourguentch à Tirana, ces mosquées appartiennent à des empires différents, séparés par des siècles et par des milliers de kilomètres. Elles partagent pourtant trois traits que l'on retrouve rarement ensemble ailleurs.

La brique plutôt que la pierre. L'Asie centrale timouride et le Khorezm construisent en brique cuite et en brique de terre, faute de carrières proches. C'est ce qui explique à la fois la finesse du décor de céramique, qui vient recouvrir une matière pauvre, et la fragilité structurelle de certains grands édifices : Bibi-Khanym s'est fissurée avant même d'être achevée.

Le bois comme structure porteuse. Là où les Ottomans des Balkans portent leurs coupoles sur des maçonneries, le Khorezm porte ses toitures sur des colonnes de bois. Ce choix a une conséquence qu'on mesure mal : une colonne de bois se démonte, se transporte et se remonte ailleurs. Elle survit à son bâtiment, ce qu'une coupole ne fait jamais.

Une continuité d'usage jamais rompue. C'est le vrai fil de cette page. Ni le séisme de Samarcande, ni le siège de Sarajevo, ni l'athéisme d'État albanais n'ont mis fin à l'usage de ces lieux. Chacun a été rebâti, restauré ou rouvert, et l'un d'eux a même vu dix mille personnes revenir prier un vendredi de janvier 1991 alors que l'interdiction était encore en vigueur.

Quatre villes, quatre manières de durer

Si l'on met les quatre édifices côte à côte, ce n'est pas leur style qui les rapproche, c'est leur manière de traverser le temps.

MosquéeVilleCe qui a failli l'emporterCe qui a tenu
Bibi-KhanymSamarcandeSes propres fondations, puis un séisme en 1897Le portail, relevé au vingtième siècle
Gazi Husrev-begSarajevoLes bombardements de 1992-1996Une restauration engagée dès 1996
Et'hem BeyTiranaL'interdiction religieuse d'ÉtatSon statut de monument protégé
Mosquée du VendrediKhivaLe remplacement complet du bâtiLes colonnes, remployées de siècle en siècle

Trois destins, une même continuité

Ces trois mosquées, séparées par des milliers de kilomètres et plusieurs siècles, racontent chacune une résilience différente : celle d'un édifice trop ambitieux pour ses propres fondations à Samarcande, celle d'une reconstruction après la guerre à Sarajevo, celle d'une résistance silencieuse à l'interdiction religieuse à Tirana, et celle d'un bâtiment entièrement refait autour de pièces de bois plus vieilles que lui, à Khiva.

À découvrir

Mosquées citées dans cet article

Illustration de la Mosquée Bibi-Khanym à Samarcande
Samarcande · Ouzbékistan

Mosquée Bibi-Khanym

Voulue par Tamerlan comme l'une des plus grandes mosquées du monde islamique, au cœur de Samarcande.

Timouride
Illustration de la Mosquée Gazi Husrev-beg à Sarajevo
Sarajevo · Bosnie-Herzégovine

Mosquée Gazi Husrev-beg

La plus grande mosquée historique de Bosnie-Herzégovine, cœur spirituel de Sarajevo depuis 1530.

Ottoman classique
Illustration de la Mosquée Et'hem Bey à Tirana
Tirana · Albanie

Mosquée Et'hem Bey

Petite mosquée aux fresques uniques, devenue symbole de la liberté religieuse retrouvée en Albanie.

Ottoman tardif

À propos du contenu de cette page : ce site propose un contenu éditorial et culturel rédigé avec soin et le souci du respect des traditions religieuses concernées ; il ne constitue pas un avis théologique ou une source d'autorité religieuse. Malgré nos vérifications, des erreurs, imprécisions ou approximations peuvent subsister. Si vous en repérez une, merci de nous la signaler via la page Contact ou par e-mail à qibla.mosk@gmail.com, nous la corrigerons avec gratitude.

Newsletter

Une mosquée, une histoire, chaque mois

Recevez nos récits d'architecture, d'histoire et de voyage. Zéro spam, désinscription en un clic.