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Hajj · 8 min de lecture · 2026-08-31

Le Darb Zubayda : une halte tous les vingt-cinq kilomètres, sur mille trois cents kilomètres de désert

Entre Koufa, en Irak, et La Mecque, il y a mille trois cents kilomètres de désert. Au huitième siècle, on les faisait à pied et à dos de chameau. Les archéologues ont relevé cinquante-quatre haltes sur cette route, soit une tous les vingt-cinq kilomètres environ. Ce n'est pas la fatigue qui fixe cet écart, c'est l'eau.

Désert rocheux au couchant, dans la région de Médine
Mille trois cents kilomètres de désert
La grande citerne circulaire de Fayd, station médiane du Darb Zubayda
La citerne de Fayd
L'enceinte de la ville ancienne de Fayd, en Arabie saoudite
L'enceinte de Fayd

Le plus vieux problème de logistique du monde

Le pèlerinage pose une contrainte que rien ne peut assouplir. Un point qui ne bouge pas, des dates qui ne bougent pas, et une foule qui doit s'y rendre puis rentrer. Douze siècles d'ingénierie ont répondu à cette contrainte, et la première réponse à grande échelle porte un nom : le Darb Zubayda, la route de Koufa à La Mecque.

Elle atteint son apogée sous les Abbassides, en gros entre 750 et 850. Ce n'est pas une piste, c'est un ouvrage : des tronçons pavés, des bornes de distance, des puits, des bassins de retenue, des bassins de décantation, des postes et des mosquées de halte. La contrainte est religieuse, la réponse est technique.

Cinquante-quatre haltes, et pourquoi

Le relevé archéologique de la route, dont le travail de référence est celui de Saad al-Rashid, a identifié vingt-sept grandes stations et vingt-sept sous-stations. Cinquante-quatre haltes sur mille trois cents kilomètres, c'est une tous les vingt-cinq kilomètres environ.

Il faut prendre ce chiffre pour ce qu'il est : une division, pas une donnée de source. Les intervalles réels ne sont pas constants, puisque la route ne suit pas une ligne droite mais passe d'un point d'eau au suivant. C'est la moyenne qui vaut vingt-cinq kilomètres.

Et c'est bien l'eau qui commande. Une caravane peut marcher plus loin qu'une journée ; elle ne peut pas passer une journée sans boire, ni faire boire ses bêtes. L'espacement des haltes n'est donc pas un confort, c'est une contrainte hydraulique déguisée en itinéraire.

Trois repères sur la route

Les géographes qui l'ont décrite, al-Harbi, Ibn Khordadbeh, Ibn Rustah, al-Ya'qoubi, al-Muqaddasi, al-Hamdani, découpent la route en trois. Al-Tha'labiyya marque le premier tiers après Koufa, al-Rabadha les deux tiers, et Fayd le milieu exact.

Fayd n'est pas seulement un point sur une carte. C'est une petite ville fortifiée, avec sa citadelle, son enceinte, sa mosquée, et surtout sa grande citerne circulaire. Elle est encore là, et on la photographie aujourd'hui.

Vue rapprochée de la citerne circulaire de Fayd
La citerne de Fayd, au point médian de la route

La route porte le nom d'une femme

Zubayda bint Ja'far était la petite-fille du calife al-Mansour et la femme de Haroun al-Rachid, le calife de Bagdad. Elle a financé sur cette route les puits, les bassins et les bornes, à une échelle telle que, dans le siècle qui suit sa mort, quantité d'installations de la route portent encore le nom de « Zubayda » ou d'« Umm Ja'far ».

Le déclencheur, d'après les chroniques, est son propre pèlerinage : elle constate sur place qu'une sécheresse a mis la ville à sec et réduit Zamzam à un filet d'eau. Elle fait approfondir le puits, puis engage des travaux d'adduction bien au-delà.

Le plus connu est la conduite dite Ayn Zubayda, qui amène l'eau depuis la région de Hunayn, à quelque quatre-vingt-quinze kilomètres à l'est de La Mecque, jusqu'aux lieux du pèlerinage. Les chroniques avancent des sommes considérables. Elles sont à prendre comme des chiffres de chronique, pas comme une comptabilité.

Le geste qui change tout : payer une fois ne suffit pas

C'est le point le plus intéressant, et le moins raconté. Un ouvrage hydraulique en désert n'est pas un cadeau qu'on fait une fois. Il s'ensable, il se fissure, il se vide. Sans entretien, une citerne devient un trou.

Zubayda ne s'est donc pas contentée de payer la construction. Elle a créé une fondation pieuse, un waqf : des vergers dont les revenus annuels sont affectés, à perpétuité, à l'entretien de l'ouvrage. La notice de l'autorité saoudienne des waqfs décrit ce montage et l'ordre de grandeur du revenu attendu.

Autrement dit, elle n'a pas offert une citerne, elle a offert une machine qui répare la citerne. C'est une invention institutionnelle autant qu'un travail d'ingénieur, et c'est ce qui explique que l'on parle encore de cette route douze siècles plus tard.

Les vestiges de la mosquée de la station de Fayd
La mosquée de Fayd, une halte est aussi un lieu de prière

Ce qu'il en reste, et comment on le sait

La route a décliné à mesure que le centre de gravité du monde musulman se déplaçait et que d'autres itinéraires prenaient le relais. Ce qui subsiste, ce sont des ruines de stations, des bassins, des tronçons de pavage et des bornes, dispersés sur mille trois cents kilomètres.

Le Darb Zubayda est inscrit depuis janvier 2022 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO, dans un dossier déposé conjointement par l'Irak et l'Arabie saoudite. C'est de cette notice que vient le chiffre de mille trois cents kilomètres retenu ici ; d'autres sources écrivent mille quatre cents, et nous suivons la notice officielle.

Un mot sur la méthode, parce qu'elle est délibérée. La documentation la plus abondante sur le pèlerinage d'autrefois vient de récits de voyageurs européens qui s'y sont introduits déguisés. Nous ne bâtissons pas ce récit sur eux. Nous le bâtissons sur des preuves matérielles : la route, ses bornes, ses citernes, et les relevés archéologiques qui les décrivent.

Douze siècles plus tard

La citerne de Fayd tient toujours. Elle n'a plus de caravane à désaltérer, mais elle est là, ronde, maçonnée, au milieu de nulle part, à mi-chemin exact entre Koufa et La Mecque.

Ce n'est pas un monument construit pour durer au sens où on l'entend d'habitude, avec du marbre et une inscription. C'est un équipement d'usage, bâti pour être utilisé et pour être réparé. Et il a duré précisément parce que quelqu'un avait prévu, à l'avance, qui paierait les réparations.

À lire aussi : le parcours du Hajj, étape par étape et les miqats, les cinq frontières sacrées avant La Mecque.

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