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Maghreb · 6 min de lecture · 2026-02-23
La Zitouna et Malek Ibn Anas : les plus belles et plus grandes mosquées de Tunisie
Poser la question de « la plus belle et la plus grande mosquée de Tunisie » revient en réalité à en désigner trois : la mosquée Zitouna, cœur spirituel et intellectuel de la médina de Tunis depuis plus de treize siècles, la mosquée Malek Ibn Anas, géant contemporain de Carthage qui détient le record de capacité, et la Grande Mosquée de Kairouan, la plus ancienne et la plus vaste des trois.


Zitouna, « l'olivier » au cœur de la médina
Fondée à la toute fin du VIIe siècle et considérablement agrandie sous les Aghlabides au IXe siècle, la Grande Mosquée Zitouna (« mosquée de l'olivier ») est la plus ancienne mosquée de Tunis et l'une des plus vastes du pays, avec près de 5 000 m² au cœur de la médina classée à l'UNESCO. Sa salle de prière hypostyle, portée par plus de 160 colonnes antiques réemployées (marbre, granit, porphyre), et son minaret carré de style almohade en font l'un des monuments les plus photographiés de Tunisie.
Une université presque aussi vieille que la mosquée
Comme Al Quaraouiyine à Fès ou Al-Azhar au Caire, Zitouna n'est pas seulement un lieu de culte : dès le VIIIe siècle, on y enseigne le droit, la grammaire et les sciences religieuses, ce qui en fait l'un des plus anciens foyers d'enseignement supérieur du monde musulman. Cette double vocation, spirituelle et savante, a irrigué toute l'histoire intellectuelle tunisienne jusqu'à la création de l'université Zitouna moderne, qui perpétue cet héritage.
Malek Ibn Anas, le nouveau record de capacité
À une vingtaine de kilomètres de là, sur la colline de Carthage, la mosquée Malek Ibn Anas, aussi connue sous le nom de mosquée El Abidine, est aujourd'hui la plus grande mosquée de Tunisie par sa capacité d'accueil, de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers de fidèles esplanade comprise. Achevée au début des années 2000, elle reprend le vocabulaire almohade classique (arcs outrepassés, minaret élancé, portails sculptés) à une échelle monumentale, dans la lignée des grandes mosquées nationales bâties ailleurs dans le Maghreb au tournant du XXIe siècle.
L'absente du classement : Kairouan
Poser la question de la plus grande mosquée de Tunisie sans parler de Kairouan revient à comparer deux édifices en oubliant celui qui les précède tous. La Grande Mosquée de Kairouan, fondée vers 670, couvre environ neuf mille mètres carrés, soit près du double de la Zitouna. Sur le seul critère de la surface bâtie, c'est elle la plus grande mosquée historique du pays.
Elle détient surtout un titre que personne ne lui dispute : son minaret, dont les niveaux inférieurs remontent au début du IXe siècle, est considéré comme le plus ancien minaret encore debout au monde. Une tour carrée, massive, à trois registres décroissants, dont la silhouette a servi de référence à tout l'Occident musulman, du Maghreb à al-Andalus.
Sa salle de prière hypostyle repose sur plusieurs centaines de colonnes antiques prélevées sur les sites romains et byzantins de la région, notamment Carthage. Le monument est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988, au sein de la médina de Kairouan. La fiche complète est ici : la Grande Mosquée de Kairouan.
Trois critères, trois gagnants différents
Le classement dépend entièrement de ce que l'on mesure, et c'est ce qui rend la question intéressante plutôt que tranchée.
Sur l'ancienneté, Kairouan l'emporte, avec une fondation au VIIe siècle, une génération à peine après les débuts de l'islam en Afrique du Nord. Sur la surface bâtie, Kairouan l'emporte encore, avec ses neuf mille mètres carrés. Sur la capacité d'accueil, en revanche, c'est Malek Ibn Anas qui gagne, parce qu'elle a été conçue au XXIe siècle avec des esplanades dimensionnées pour les grands rassemblements, ce qu'un édifice médiéval enserré dans sa médina ne peut pas offrir.
Sur le rayonnement intellectuel, enfin, Zitouna garde une place à part : son enseignement a formé pendant plus de mille ans les cadres religieux et juridiques du pays, et l'université qui en porte le nom perpétue cet héritage.
Ce que ces trois mosquées disent du pays
Prises ensemble, elles dessinent une continuité rare. Kairouan installe un modèle au VIIe siècle et fixe la forme du minaret carré pour tout l'Occident musulman. Zitouna reprend ce vocabulaire au cœur de la capitale et y ajoute la fonction savante, en devenant l'un des plus anciens foyers d'enseignement supérieur du monde musulman. Malek Ibn Anas, treize siècles plus tard, réemploie les mêmes arcs outrepassés et le même minaret élancé à une échelle contemporaine.
Aucune rupture de style entre les trois, malgré mille trois cents ans d'écart. C'est exactement ce que l'on observe au Maroc voisin, où la tradition almohade se prolonge de Tin Mal jusqu'à Casablanca, comme le raconte notre article sur les mosquées du Maroc et la tradition almohade.
Où les voir, concrètement
Les trois édifices se visitent dans un même séjour, mais pas dans la même journée. Zitouna est au cœur de la médina de Tunis, à quelques minutes à pied de la porte de France, et se découvre au fil des souks qui l'enserrent. Malek Ibn Anas se dresse sur la colline de Carthage, à une vingtaine de kilomètres au nord-est, accessible par la ligne de train de banlieue. Kairouan est à environ cent soixante kilomètres au sud de Tunis, ce qui en fait une excursion à part entière.
Comme dans beaucoup de mosquées historiques du Maghreb, l'accès des visiteurs non musulmans est généralement limité à la cour, la salle de prière restant réservée aux fidèles. Cela suffit largement pour saisir l'essentiel : à Kairouan, c'est depuis la cour que la masse du minaret se lit le mieux, et à Zitouna, c'est la galerie à arcades qui donne la mesure du bâtiment.
Trois édifices, une même histoire
Zitouna l'emporte sur le rayonnement intellectuel et la densité patrimoniale, Kairouan sur l'ancienneté et la surface bâtie, Malek Ibn Anas sur la capacité d'accueil. Plutôt qu'un classement, ces édifices racontent la même histoire sous trois angles : celle d'un pays qui n'a jamais cessé de bâtir des mosquées, du VIIe siècle à aujourd'hui, sans rompre avec son vocabulaire architectural nord-africain, fait d'arcs en fer à cheval, de minarets carrés et de portails sculptés, hérité de Kairouan et transmis de génération en génération de bâtisseurs.
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