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Samarcande · Ouzbékistan · Timouride

Mosquée Bibi-Khanym

Histoire

L'histoire

Construite entre 1398 et 1404 sur ordre de Tamerlan (Timur), qui la nomma d'après son épouse Saray Mulk Khanum, la mosquée Bibi-Khanym devait rassembler toute la population masculine de Samarcande pour la prière du vendredi. Timur fit venir des architectes et artisans de sa campagne d'Inde pour la bâtir à l'échelle de son empire.

Son immense portail et sa coupole côtelée en firent l'un des monuments les plus ambitieux du monde timouride, mais la construction hâtive fragilisa l'édifice : des parties commencèrent à se dégrader dès le XVe siècle, avant l'effondrement partiel du portail lors d'un séisme en 1897.

Un chantier hors d'échelle

L'enceinte couvre 109 mètres sur 167, soit à peu près la surface de deux terrains de football et demi. Autour de la cour, une galerie à arcades reliait les iwans, profonde de quatre travées et portée à neuf du côté de la qibla, à l'ouest. Un minaret marquait chaque angle de l'enveloppe extérieure ; celui du nord-ouest est le seul encore debout.

Le portail d'entrée, saillant par rapport au mur extérieur, encadre un iwan de dix-neuf mètres de haut. En face, de l'autre côté de la cour, l'iwan du sanctuaire est encadré par un portail de trente mètres. De part et d'autre, deux minarets cylindriques posés sur des socles à dix pans partent directement du sol, au lieu de surgir du sommet du portail comme c'était l'usage : c'est le plus ancien exemple conservé de cette disposition.

Trois coupoles et une innovation

L'édifice comptait trois coupoles. À l'intérieur, elles adoptent un profil sphéro-conique reposant sur des zones de transition octogonales ; à l'extérieur, elles sont portées par de hauts tambours cylindriques et prennent un galbe allongé, revêtu de céramique bleue. La coupole intérieure porte des nervures verticales qui soutiennent la coupole extérieure, un dispositif à double enveloppe caractéristique de l'architecture timouride.

La présence de salles à coupole derrière les iwans latéraux constitue une innovation par rapport au plan classique à quatre iwans, hérité de l'architecture iranienne. Le décor conservé témoigne d'un traitement très varié : briques posées en motifs, mosaïque de faïence, carreaux polychromes et pierre sculptée. À l'intérieur subsistent des traces de plâtre peint et de papier mâché doré.

Une ruine, puis une reconstruction

De la mosquée d'origine, il ne subsiste que quatre fragments massifs et un minaret. Ces fragments correspondent aux quatre points forts de la cour : sur l'axe est-ouest, le portail monumental d'entrée et le sanctuaire à coupole ; sur l'axe nord-sud, deux iwans plus petits et leurs salles à coupole. Les photographies du Turkestan Album, prises entre 1865 et 1872, montrent l'ampleur de la ruine avant toute intervention.

La reconstruction menée au XXe siècle est une restitution approchée, établie à partir de ces fragments et des fouilles. Elle rend au monument sa silhouette sans prétendre restituer l'édifice de 1404. C'est aussi ce qui fait l'intérêt du site : il documente autant les ambitions de l'architecture timouride que ses limites techniques, et les constructeurs venus après en ont tiré les leçons.

Samarcande en 1400 : une capitale bâtie à marche forcée

Quand le chantier s'ouvre, Samarcande n'est pas seulement une étape de la route de la soie : c'est la capitale d'un empire qui s'étend de l'Anatolie aux portes de la Chine, et Tamerlan entend en faire une vitrine. Chaque campagne militaire ramène des maçons, des céramistes et des tailleurs de pierre, souvent déplacés de force depuis Ispahan, Chiraz, Delhi ou Damas. La ville devient un atelier permanent où se croisent des traditions qui ne s'étaient jamais rencontrées, et Bibi-Khanym en est le condensé : un plan hérité de l'Iran, des proportions calculées pour impressionner les ambassadeurs, un décor qui emprunte au vocabulaire de plusieurs provinces conquises.

L'ambassadeur castillan Ruy González de Clavijo, arrivé à Samarcande en 1404, décrit un chantier encore en activité, mené dans l'urgence pour satisfaire un souverain vieillissant qui venait chaque jour presser les ouvriers. Son récit reste l'un des rares témoignages directs sur les derniers mois des travaux, et il dit déjà l'essentiel : la vitesse comptait plus que la prudence.

Pourquoi elle s'est effondrée

L'explication tient en trois causes qui s'additionnent. D'abord la portée : à cette échelle, les voûtes de brique exercent une poussée latérale que les piliers, trop élancés pour la surface qu'ils portaient, ne pouvaient pas encaisser durablement. Ensuite le calendrier : un mortier de chaux a besoin de mois pour prendre sa résistance, et le chantier a été mené sans laisser ce temps aux maçonneries basses avant de charger les niveaux supérieurs. Enfin le terrain : Samarcande est en zone sismique, sur des sols de lœss qui amplifient les secousses.

Les désordres apparaissent donc très tôt, du vivant même de Tamerlan, et l'histoire du monument devient celle d'une dégradation lente : chutes de revêtement, fissures, effondrements partiels au fil des siècles, jusqu'au séisme de 1897 qui abat l'arc du portail principal. Au XIXe siècle, la mosquée n'est plus un lieu de prière mais une ruine où l'on entrepose des marchandises, et les photographies de l'époque montrent des voûtes ouvertes sur le ciel.

Le lutrin de marbre de la cour

Au centre de la cour se dresse un immense lutrin de marbre gris, commandé sous Ulugh Beg, petit-fils de Tamerlan, pour porter un Coran de très grand format. C'est aujourd'hui l'élément d'origine le mieux conservé du site. Déplacé au cours du XIXe siècle, puis ramené au centre de la cour lors des travaux de la période soviétique, il donne une idée assez juste de l'échelle voulue pour l'ensemble : un pupitre de plus de deux mètres de côté, taillé dans des blocs assemblés, qui paraît pourtant modeste sous les quatre iwans.

Visiter Bibi-Khanym aujourd'hui

La mosquée se trouve au nord-est du centre historique, à quelques minutes à pied du bazar Siyob et à une quinzaine de minutes du Registan, ce qui en fait une étape naturelle dans un parcours d'une journée. La lumière de fin d'après-midi est la plus favorable pour la céramique bleue du tambour, tandis que le matin dégage mieux les volumes du grand portail. Prévoir une trentaine de minutes pour faire le tour de la cour, davantage si l'on veut identifier, sur les surfaces conservées, la différence entre le décor d'origine et les parties restituées au XXe siècle : le contraste est visible à l'œil nu, et c'est peut-être ce que le site a de plus instructif.

Anecdotes & faits marquants

  • À son achèvement en 1404, c'était l'une des plus grandes mosquées du monde islamique, conçue pour accueillir toute la population masculine de la ville.
  • Timur, mécontent de la lenteur des travaux à son retour de campagne, aurait fait modifier la coupole principale.
  • L'arc du portail principal s'est effondré lors d'un séisme en 1897 ; l'édifice n'a été restauré qu'à l'époque soviétique.

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AdresseSamarcande, Ouzbékistan
Latitude39.658
Longitude66.9805

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