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Pakistan · Architecture moghole · 7 min de lecture · 2026-09-21
Badshahi : la plus grande mosquée moghole, bâtie en deux ans
Le chantier de la mosquée Badshahi de Lahore s'ouvre en 1671 et se referme en 1673. Deux ans pour le plus grand édifice religieux jamais bâti par les Moghols, quand les grandes mosquées de la même famille en demandent six ou sept.

Une commande impériale, un chantier de deux ans
La mosquée est commandée par Aurangzeb, sixième empereur moghol, et le chantier est confié à Muzaffar Hussein, dit Fidai Khan Koka, frère de lait de l'empereur et gouverneur de Lahore. Le bâtiment ouvre en 1673. Entre la commande et l'ouverture, deux années pleines.
Le chiffre étonne parce qu'il n'a pas d'équivalent dans la même catégorie de bâtiments. La mosquée de Soliman, à Istanbul, a demandé sept ans, de 1550 à 1557. La Selimiye d'Edirne en a demandé six, de 1569 à 1575. Plus près de nous, la mosquée Hassan II de Casablanca a occupé ses entreprises sept ans, de 1986 à 1993, avec des grues et du béton précontraint. Et la Jama Masjid de Delhi, la grande soeur moghole de Badshahi, a mobilisé environ cinq mille ouvriers de 1650 à 1656.
Ce que la brique permet
Une partie de la réponse tient dans la façon dont les murs sont montés. Ils ne sont pas en grès massif, mais en petites briques cuites, hourdées à un mortier de chaux hydraulique tiré du kankar, un calcaire nodulaire répandu dans la plaine du Pendjab. Le grès rouge que l'on voit est un placage posé sur cette structure de brique, et le marbre blanc n'intervient qu'en incrustation et sur les coupoles.
La différence avec un appareil de pierre taillée est considérable sur un calendrier. La brique se fabrique en série à côté du chantier, elle sèche et elle cuit par fournées, elle se pose vite et elle tolère une main d'oeuvre nombreuse travaillant en parallèle sur plusieurs fronts. La pierre, elle, impose la carrière, le transport, la taille au gabarit et l'ajustage pièce à pièce, quatre opérations qui se font l'une après l'autre.

Elle regarde le fort, et le fort la regarde
La mosquée est posée face au fort de Lahore, de l'autre côté d'une esplanade. Les deux bâtiments sont accordés l'un à l'autre : la porte Alamgiri, l'entrée monumentale du fort qui fait face à la mosquée, est ouverte par Aurangzeb dans les mêmes années. L'empereur a donc traité les deux ouvrages comme une seule composition urbaine, une porte de palais et une porte de mosquée qui se répondent sur le même axe.
Ce voisinage explique aussi une part de la vitesse du chantier. Les ateliers impériaux, les fournisseurs, les briqueteries et les corps de métier étaient déjà sur place, réunis pour les travaux du fort. Bâtir la mosquée revenait à prolonger un chantier existant plutôt qu'à en ouvrir un de rien.

Cinquante-cinq mille ou cent mille : de quoi parle-t-on ?
Sur la capacité, les chiffres publiés ne concordent pas, et l'écart est trop grand pour être une approximation. On lit cinquante-cinq mille personnes, on lit cent mille. La cour mesure environ 25 600 mètres carrés, soit à peu près 276 000 pieds carrés, et c'est elle qui porte l'essentiel de la différence : selon la densité retenue par mètre carré, la même surface donne des résultats très éloignés. La salle de prière, elle, est créditée d'un ordre de grandeur de dix mille personnes.
Un chiffre de capacité dépend donc d'une convention de densité autant que d'une surface. Quand deux sources se contredisent sur ce point, la première question à leur poser est de savoir ce qu'elles remplissent, la salle seule ou la salle et la cour, et avec quelle place par personne.

Trois siècles sans rivale
Ce qui est mieux établi, c'est le rang. La mosquée Badshahi reste la plus grande du monde pendant plus de trois siècles, jusqu'à la fin du vingtième siècle et l'achèvement de la mosquée Faisal d'Islamabad, en 1986. Aucune mosquée bâtie entre 1673 et cette date ne l'a dépassée en surface.
Elle est aujourd'hui inscrite sur la liste indicative du patrimoine mondial, une étape qui précède une éventuelle inscription, depuis 1993. Le fort voisin, lui, est inscrit au patrimoine mondial depuis 1981.
Deux siècles d'usages
L'histoire du bâtiment après les Moghols est faite de ruptures. Au dix-neuvième siècle, sous l'empire sikh puis sous l'administration britannique, la mosquée sert de garnison, et ses abords d'entrepôt militaire. En 1852, les autorités britanniques créent une commission, la Badshahi Mosque Authority, chargée de rendre le bâtiment au culte, ce qui est fait en 1856.
La restauration d'ensemble, elle, n'est lancée qu'en 1939, sous l'impulsion de Sikandar Hayat Khan, et elle se poursuit pendant deux décennies, achevée en 1960 pour un coût de 4,8 millions de roupies. Les coupoles des minarets sont remplacées, les parements repris. Le bâtiment que l'on visite aujourd'hui a donc mis vingt et un ans à être réparé, soit dix fois plus longtemps qu'à être construit.

Ce que deux ans veulent dire
La vitesse du chantier de Lahore s'explique par une addition de choix ordinaires : une structure de brique produite sur place, un parement de pierre plutôt qu'un appareil massif, un plan répétitif où les mêmes travées et les mêmes arcs reviennent d'un bout à l'autre, des équipes déjà réunies pour le fort voisin, et un commanditaire capable de payer sans interruption.
C'est la même logique qui joue, à l'inverse, dans les chantiers lents. Une mosquée dont chaque pierre est taillée au gabarit, ou dont la coupole exige des essais successifs, avance au rythme de son opération la plus lente. Pour un autre exemple de contrainte matérielle qui décide de la forme, voyez pourquoi les mosquées de faïence sont bleues et turquoise.
À découvrir
Mosquées citées dans cet article

Mosquée Badshahi
La « mosquée impériale » de Lahore, colosse moghol de grès rouge resté plus de trois siècles le plus grand du monde.

Mosquée Süleymaniye
Le chef-d'œuvre de Sinan dominant la Corne d'Or, dédié à Soulaymane le Magnifique.

Mosquée Hassan II
Un géant posé sur l'Atlantique : minaret de 210 mètres, toit ouvrant et artisanat marocain à son sommet.
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