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Casablanca · Maroc · 7 min de lecture · 2026-09-20

Onze cents tonnes qui roulent : le toit ouvrant de la mosquée Hassan II

Au-dessus de la salle de prière de la mosquée Hassan II, à Casablanca, une pièce de mille cent tonnes ferme une ouverture de soixante-dix mètres sur vingt-cinq. Quand elle s'écarte, on prie sous le ciel sans avoir quitté le bâtiment. L'opération prend cinq minutes, et elle ne se fait ni par levage ni par basculement : le toit roule.

La mosquée Hassan II vue depuis le bord de mer, à Casablanca
La mosquée, posée sur la digue, face à l'Atlantique

Sept ans de chantier au bord de l'Atlantique

Le chantier s'ouvre le 12 juillet 1986 et la mosquée est inaugurée le 30 août 1993. Les plans sont de l'architecte français Michel Pinseau, la construction revient au groupe Bouygues. La Fondation de la Mosquée Hassan II, qui administre l'ensemble, retient deux chiffres pour dire l'intensité de ces années : les gros œuvres ont été menés en dix-sept mois, et il a fallu trois mille six cents compagnons sur le site, encadrés par quatre-vingt-seize ingénieurs et techniciens au siège.

Le bâtiment achevé tient vingt-cinq mille fidèles dans une salle de prière de vingt mille mètres carrés, et quatre-vingt mille de plus sur l'esplanade qui l'entoure. Son minaret est donné à cent quatre-vingt-dix mètres cinquante au-dessus du niveau de la salle de prière par la Fondation, et à deux cents ou deux cent dix mètres par les sources courantes, selon le point de mesure retenu. Il a été le plus haut du monde jusqu'en 2019, date à laquelle Djamaâ El Djazaïr l'a dépassé à Alger, ce que nous avons raconté dans le duel des géantes d'Afrique du Nord.

Ce que fait exactement le toit

La toiture ouvrante couvre une ouverture de soixante-dix mètres sur vingt-cinq, soit environ mille sept cent cinquante mètres carrés de ciel dégagé, presque le quart d'un terrain de football. La pièce mobile pèse mille cent tonnes, et la Fondation donne cinq minutes pour l'ouverture complète.

La salle de prière de la mosquée Hassan II, ses colonnes et ses lustres
La salle de prière : c'est au-dessus d'elle que le toit s'écarte

Ces trois nombres se tiennent. Mille cent tonnes déplacées en cinq minutes sur une course de l'ordre de la largeur de l'ouverture, cela fait une vitesse de quelques mètres par minute, un régime de pont roulant plutôt que de machine rapide. Rien dans ce mécanisme ne cherche la performance de vitesse : tout y cherche la maîtrise d'une masse.

Il ne se soulève pas, il roule, et il faut un endroit où le ranger

La translation est assurée par un système de roulement à chaîne. Le toit repose sur des galets qui suivent un rail, et une chaîne le tire latéralement. C'est la solution la plus sobre pour une charge pareille, parce qu'elle ne demande ni vérins de levage ni articulation : la masse reste portée en permanence, et l'effort se limite à la vaincre en frottement.

La conséquence est la partie du dispositif dont on parle le moins, et c'est pourtant celle qui commande le plan du bâtiment. Onze cents tonnes ne disparaissent pas quand l'ouverture se dégage : elles vont quelque part. Il faut donc, à côté de l'ouverture, une seconde toiture capable de recevoir la première et de la porter tant qu'elle y stationne. Le toit qui s'ouvre suppose un toit qui attend.

Une charpente légère sous trois cent mille tuiles

La pièce mobile n'a rien d'une dalle de béton. Son ossature est métallique, tridimensionnelle et volontairement légère. Sa sous-face reçoit un habillage de bois artisanal traité coupe-feu, celui que l'on voit depuis la salle. Le dessus est fait de panneaux isolants et de cuivre, et les rampants portent trois cent mille tuiles moulées en fonte d'aluminium, à l'imitation des tuiles vernissées vertes que l'on fabrique à Fès.

Le plafond de bois ouvragé de la mosquée Hassan II, vu d'en dessous
Le bois ouvragé de la sous-face, traité coupe-feu

Le choix de l'aluminium moulé plutôt que de la terre cuite se comprend dès qu'on pense au poids : une couverture de tuiles vernissées traditionnelles sur mille sept cents mètres carrés aurait alourdi la pièce exactement là où il fallait l'alléger. La forme et la couleur sont conservées, la matière change. C'est la même démarche que celle des artisans qui couvrent une charpente d'un décor qu'elle ne porterait pas autrement.

Pourquoi ouvrir un toit

La prouesse est spectaculaire, mais elle ne répond pas d'elle-même à la question la plus simple : à quoi bon ouvrir un toit ? Une mosquée ancienne ne se la pose pas. Elle dispose d'une cour, le sahn, et cette cour est à ciel ouvert depuis les premiers temps. La Grande Mosquée de Kairouan et la Koutoubia de Marrakech en offrent chacune une, bordée de galeries, où l'on prie quand la salle est pleine et où l'air circule toute l'année.

À Casablanca, le plan ne le permettait pas de la même façon. Le bâtiment est posé sur une digue, face au large, exposé au vent et aux embruns, et l'esplanade qui l'entoure joue déjà ce rôle de vaste espace découvert. La documentation du bâtiment attribue au roi Hassan II le souhait que la salle reste en rapport avec l'air. La lecture que nous en proposons est architecturale : l'ouverture de la cour n'a pas disparu, elle a changé d'étage. Ce que le plan ne pouvait plus donner au sol, la mécanique le rend par le haut.

Le plafond de la salle de prière de la mosquée Hassan II
Le plafond, vu depuis la salle

Le toit n'est pas la seule pièce qui bouge

La même logique se retrouve ailleurs dans le bâtiment. Une cloison escamotable peut disparaître à la demande dans le vide sanitaire : son mécanisme est hydraulique, il compte dix vérins équilibrés par contrepoids, et sa réalisation a demandé cent cinq tonnes d'acier inoxydable. Les charpentes inoxydables de l'ensemble, elles, totalisent neuf cent soixante et onze tonnes. Le bâtiment est aussi équipé d'un plancher chauffant sous la salle de prière.

Le recours massif à l'inox se comprend sur un site pareil, où l'air marin attaque tout ce qui est métallique. La Fondation ne donne pas de motif explicite pour ce choix, et nous ne lui en prêtons donc pas : nous relevons le tonnage, qui est considérable, et le contexte, qui est une façade sur l'océan.

Un bâtiment posé sur l'eau, et ce que cela coûte

La mosquée avance au-dessus de l'Atlantique, et cette position a demandé des ouvrages de protection à la mer : vingt-six mille mètres cubes de béton et cinquante-neuf mille mètres cubes d'enrochements pour contrer les effets de la houle. La suite mérite d'être dite, car elle est rarement rapportée : la stabilité de ces ouvrages s'est révélée insuffisante, et des travaux de confortement importants ont été engagés à partir d'octobre 2006.

Le décor du minaret de la mosquée Hassan II et ses tuiles vertes
Le minaret et la couverture verte, l'image la plus connue du bâtiment

Ce que nous ne tranchons pas

Deux chiffres de surface circulent et ne se recoupent pas. La Fondation donne quatre mille deux cents mètres carrés de surface développée pour la toiture ouvrante, quand les notices encyclopédiques donnent trois mille quatre cents mètres carrés. Les deux ne comptent probablement pas la même chose, la surface développée incluant les rampants. Plutôt que de choisir au hasard, nous citons les cotes de l'ouverture, soixante-dix mètres sur vingt-cinq, qui ne prêtent pas à confusion.

Même prudence pour la hauteur du minaret, où l'écart entre cent quatre-vingt-dix mètres cinquante et deux cent dix mètres tient au point de mesure, et pour le record qui va avec : il a été vrai pendant vingt-six ans, il ne l'est plus depuis 2019.

Reste le fait qui tient sans discussion, et qui est le plus parlant. Dans cette mosquée, quand le toit s'écarte, mille cent tonnes se rangent à côté pour laisser entrer le ciel sur la salle de prière. Vous pouvez retrouver l'ensemble du bâtiment, son histoire et ses autres prouesses sur notre fiche de la mosquée Hassan II.

À découvrir

Mosquées citées dans cet article

Vue de la mosquée Hassan II à Casablanca
Casablanca · Maroc

Mosquée Hassan II

La grande mosquée de Casablanca, bâtie en partie sur l'océan Atlantique, chef-d'œuvre de l'artisanat andalou-marocain.

Andalou / contemporain

Pour aller plus loin

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