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Histoire · 6 min de lecture · 2026-08-09
Muhammad Ali : la foi derrière le champion
Boxeur le plus célèbre du vingtième siècle, Muhammad Ali est aussi resté toute sa vie un homme en quête spirituelle : de sa conversion à l'islam à l'islam sunnite, puis au soufisme, jusqu'à participer au financement de deux mosquées aux États-Unis, quitte à sacrifier trois ans de sa carrière au sommet pour rester fidèle à ses convictions.



D'un jeune boxeur de Louisville à champion du monde
Né le 17 janvier 1942 à Louisville, dans le Kentucky, et élevé dans la foi baptiste, Cassius Clay commence la boxe amateur à douze ans. Il y compile un palmarès impressionnant, une centaine de victoires pour seulement cinq défaites, avant de décrocher la médaille d'or aux Jeux olympiques de Rome en 1960. Il passe professionnel dans la foulée et devient, le 25 février 1964, champion du monde des poids lourds à seulement vingt-deux ans, en battant contre toute attente le champion en titre Sonny Liston.
Une conversion à l'islam, un nouveau nom
Dans les mois qui précèdent ce combat, le jeune boxeur se rapproche d'un cercle religieux afro-américain qui met alors l'accent sur la dignité et la fierté noire, dans une Amérique encore marquée par la ségrégation. Il s'y lie notamment d'amitié avec Malcolm X. Quelques jours après sa victoire sur Liston, il confirme sa conversion à l'islam : le 6 mars 1964, il prend le nom de Muhammad Ali. Il abandonne alors ce qu'il appelle son « nom d'esclave », Cassius Clay, transmis en hommage à un abolitionniste du Kentucky du même nom par un grand-père descendant de personnes asservies ; une filiation plus nuancée que l'expression employée par Ali lui-même, mais qui ne change rien à sa volonté de choisir son propre nom.
Le prix de la conviction : le refus de la guerre du Vietnam
En 1967, Muhammad Ali est appelé sous les drapeaux pour la guerre du Vietnam. Il refuse de s'enrôler, invoquant sa foi et son statut d'objecteur de conscience en tant que ministre du culte musulman. Il déclare alors une phrase restée célèbre : il n'a « aucune querelle avec les Viêt-Cong ». La sanction est immédiate : son titre de champion lui est retiré, sa licence de boxeur suspendue dans tous les États américains, et il risque la prison. Son cas remonte jusqu'à la Cour suprême, qui annule sa condamnation à l'unanimité en 1971 : les juges estiment que le ministère de la Justice n'a jamais précisé sur quel motif légal reposait le refus de lui accorder le statut d'objecteur de conscience, ce qui rend la procédure invalide sur la forme. Il aura sacrifié plus de trois ans de sa carrière, au sommet de sa forme, pour rester fidèle à ses convictions. De retour sur le ring, il reconquiert son titre en 1974 face à George Foreman, lors du combat resté célèbre sous le nom de « Rumble in the Jungle », à Kinshasa. Il affronte aussi à trois reprises Joe Frazier, dont le dernier combat, le « Thrilla in Manila » en 1975, compte parmi les plus grands de l'histoire de la boxe.

Vers l'islam sunnite, puis le soufisme
En 1975, à la mort du dirigeant religieux qui l'avait guidé jusque-là, Muhammad Ali s'oriente, sous l'impulsion de son successeur, vers l'islam sunnite et accomplit le pèlerinage à La Mecque. Dans les décennies suivantes, sa spiritualité s'oriente aussi vers le soufisme, une tradition mystique de l'islam axée sur l'amour universel et l'humilité, qu'il évoque abondamment dans son livre The Soul of a Butterfly, coécrit avec sa fille Hana, où il multiplie les récits et paraboles soufies sur la recherche de sens et la simplicité du cœur. Cette évolution se poursuit alors même que la maladie de Parkinson, diagnostiquée en 1984, l'affaiblit peu à peu.


Des mosquées comme héritage concret
Au-delà de son propre cheminement spirituel, Muhammad Ali a contribué à faire naître des lieux de culte bien réels. À Chicago, dans le quartier de Kenwood où il possédait lui-même une maison, son manager de longue date, Jabir Herbert Muhammad, initie le projet d'une mosquée pour la communauté musulmane du quartier. Muhammad Ali y apporte un soutien financier déterminant, notamment pour le terrain. La construction commence au début des années 1980 et la Masjid Al-Faatir ouvre ses portes en 1987 : avec ses deux minarets autonomes, sa grande coupole centrale et un plan formé de deux sections octogonales reliées entre elles, elle peut accueillir jusqu'à trois mille fidèles et reste aujourd'hui l'une des plus grandes mosquées de Chicago.


À Houston, la communauté musulmane, rassemblée depuis les années 1950 dans un simple salon de coiffure faute de lieu de culte permanent, cherche elle aussi un espace à elle. En 1978, elle achète une ancienne église chrétienne scientiste grâce à des fonds donnés par Muhammad Ali, et la convertit en mosquée : la Houston Masjid of Al-Islam, aujourd'hui connue sous le nom de Masjid WD Mohammed. Endommagé par l'ouragan Ike en 2008, l'édifice est entièrement reconstruit et rouvre ses portes en 2010, devenant l'une des premières mosquées des États-Unis bâties de A à Z en intégrant des éléments d'architecture ouest-africaine.
Une amitié brisée, puis regrettée
Muhammad Ali et Malcolm X étaient proches au début des années 1960. Mais après que Malcolm X s'éloigne, en 1964, du cercle religieux qui les avait réunis, Muhammad Ali prend ses distances avec son ancien ami. Malcolm X est assassiné l'année suivante. Dans ses mémoires, publiées des décennies plus tard, Muhammad Ali revient sur cet épisode avec un profond regret, comptant cette rupture parmi les plus grandes erreurs de sa vie et regrettant de ne pas avoir cherché à renouer avec son ami avant sa mort.

En 1996, très affaibli par la maladie mais résolu à apparaître en public, il allume la vasque olympique lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux d'Atlanta, un geste tremblant resté comme l'un des moments les plus marquants de l'histoire des Jeux olympiques. Muhammad Ali meurt le 3 juin 2016, après des décennies passées à composer avec la maladie de Parkinson. Célébré dans le monde entier comme le plus grand boxeur de l'histoire, il aura aussi traversé sa vie comme une longue et sincère quête spirituelle, peut-être aussi marquante que ses exploits sur le ring.
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