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Histoire · Architecture · 7 min de lecture · 2026-09-21
Le mihrab : la niche arrivée un siècle après la première mosquée
La niche creusée dans le mur de la qibla passe pour l'élément le plus évident d'une mosquée. Elle est pourtant arrivée tard : le mihrab en creux apparaît en 706 ou 707, près d'un siècle après la première mosquée.

Avant la niche, un mur plat
Pendant les premières décennies, le mur vers lequel on se tourne ne se distingue presque pas des autres. Les plus anciens repères de qibla dont on ait la trace sont une simple bande de peinture, ou une dalle de pierre plate posée contre le mur. Parfois, rien n'indique la direction : les fidèles savent de quel côté se placer, et le bâtiment n'a pas à le dire.
À Médine, la première marque connue est un gros bloc de pierre. Il signale d'abord le mur nord, quand la prière se fait en direction de Jérusalem, puis il est déplacé contre le mur sud l'an 2 de l'hégire, en 624, lorsque la direction change pour La Mecque. Un bloc que l'on déplace, c'est exactement ce que permet un mur plat, et ce qu'interdirait une niche maçonnée.
706 ou 707, à Médine
La niche en creux apparaît pendant la reconstruction de la mosquée du Prophète (paix et bénédiction d'Allah sur lui) à Médine. Le calife omeyyade al-Walid ibn Abd al-Malik règne depuis 705, et c'est le gouverneur de la ville, Omar ibn Abdelaziz, qui fait creuser cette niche dans le mur de la qibla.
La suite va vite. La grande mosquée des Omeyyades de Damas, bâtie par le même calife entre 706 et 715, en reçoit une. La mosquée d'Amr ibn al-As, à Fostat, en reçoit une en 710 ou 711. En une génération, la niche passe du statut de nouveauté à celui d'évidence, et elle se répand dans tout le monde musulman. Le plus ancien mihrab en creux conservé est un exemplaire de marbre attribué au huitième siècle, aujourd'hui au musée d'Irak.

Le mot est plus vieux que l'objet
Le terme mihrab, lui, existait avant la niche, et il désignait autre chose. Dans l'usage ancien, il nomme une pièce à part dans une maison, ou la salle du trône dans un palais. Le Coran l'emploie au sens de sanctuaire, par exemple lorsque Zakariyya (paix sur lui) sort du mihrab vers les siens.
Le vocabulaire a donc été transféré. Un mot qui voulait dire lieu réservé, place d'honneur, s'est fixé sur un creux de maçonnerie, et il a fini par ne plus désigner que lui. Les lexicographes arabes, eux, ont rattaché le mot à une racine liée au combat, ce qui a donné les lectures du mihrab comme lieu de lutte contre le mal.
D'où vient la forme ? Trois pistes, aucune démontrée
Sur l'origine de la forme, les historiens n'ont pas tranché, et plusieurs filiations sont proposées depuis plus d'un siècle.
La première la rapproche de l'abside des églises, une demi-coupole creusée à l'extrémité du sanctuaire, familière à tous les bâtisseurs de la région. La deuxième rappelle que les niches étaient partout dans l'architecture de l'Antiquité tardive, creusées dans les murs pour loger une statue ou simplement animer une paroi. La troisième la rapproche de l'alcôve qui abritait le trône dans les salles d'audience, un dispositif de pouvoir plus que de culte. Des travaux ont aussi évoqué les niches de l'architecture bouddhique.
Aucune de ces hypothèses n'est établie. Ce qui est sûr, c'est que la forme existait autour des premiers bâtisseurs musulmans, sous plusieurs usages à la fois, et qu'elle a été reprise pour un besoin nouveau.

Ce que la niche fait dans la salle
Le mur de la qibla est le plus long mur de la salle, et il est aveugle. La niche lui donne un centre, un point vers lequel les rangées et le regard convergent. Elle marque aussi la place de celui qui dirige la prière, qui se tient devant, légèrement en avant de la première rangée.
Les spécialistes notent qu'à l'origine le dispositif a pu jouer un rôle proche de celui de la maqsura, l'enclos réservé au souverain : le mihrab désigne la place de celui qui préside, et certaines fonctions officielles, dont la justice, s'y sont rendues. On lui prête aussi un effet acoustique, la conque renvoyant la voix vers la salle. Une surface concave réfléchit effectivement le son, mais la part réelle de ce renvoi dans l'audibilité d'une grande salle n'a rien d'établi.

Une fois là, elle attire tout le décor
La niche a une conséquence que personne n'avait programmée : elle devient l'endroit où l'on met le meilleur de l'atelier. À Kairouan, le mihrab refait en 862 ou 863 aligne vingt-huit panneaux de marbre blanc, certains ajourés, dans un cadre de carreaux à reflet métallique importés d'Irak. À Cordoue, l'agrandissement du calife al-Hakam II, entre 961 et 965, habille l'entrée du mihrab de mosaïques posées par des artisans venus de Constantinople à sa demande.
Plus tard, les architectes ottomans coiffent la niche d'une conque de muqarnas et l'encadrent d'un panneau de faïence, tandis que les mosquées du Maghreb et d'Asie centrale creusent la leur dans un décor de plâtre sculpté. Le point de départ reste le même : un creux dans un mur, qui ne servait à rien avant qu'on décide de le faire.

Se méfier des « premiers mihrabs »
Beaucoup de mosquées se présentent comme abritant le premier mihrab du monde, ou le plus ancien conservé. La prudence s'impose : la plupart des salles de prière anciennes ont été reconstruites plusieurs fois, et la niche visible aujourd'hui est presque toujours postérieure au bâtiment. La date qui compte est celle du mur de la qibla dans son état actuel, rarement celle de la fondation.
Pour un autre élément de mosquée dont l'évidence apparente cache une histoire, voyez le couloir coudé de la mosquée Cheikh Lotfollah, qui existe uniquement parce que l'entrée et la qibla ne pointaient pas du même côté.
À découvrir
Mosquées citées dans cet article

Masjid an-Nabawi
La Mosquée du Prophète à Médine, reconnaissable à son célèbre Dôme vert et à ses parasols géants.

Mosquée-cathédrale de Cordoue
La forêt d'arcs bicolores d'al-Andalus, chef-d'œuvre omeyyade classé à l'UNESCO.

Grande Mosquée de Kairouan
Le plus ancien grand sanctuaire de l'Occident musulman, forteresse de foi aux 400 colonnes antiques.
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