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Masjid an-Nabawi, chapitre 4 · Médine · 8 min de lecture
Le dôme n'est vert que depuis 1837
La coupole verte de Médine est l'image la plus reconnaissable de la ville. Elle n'a pas toujours été verte : elle l'est devenue en 1837, soit deux ans avant l'invention de la photographie. C'est exactement pour cette raison qu'il n'existe aucune image de l'état antérieur.
Une couleur plus jeune qu'on ne croit
La première mise en peinture verte date de 1837. Ce chiffre suffit à défaire une intuition très répandue : on regarde cette coupole comme un élément ancien, et sa couleur, elle, a moins de deux siècles.
Avant cela, l'édifice portait d'autres noms. On l'appelait le dôme blanc, puis le dôme bleu.
Il faut être précis sur ce point, et nous le sommes à l'écran comme ici : ces deux appellations sont données par les sources comme des noms portés, pas comme deux états datés. Les sources livrent les noms, elles ne livrent pas l'année de chaque mise en peinture. Nous ne fabriquons donc pas une chronologie des couleurs qui n'existe pas.

Deux ans avant l'appareil photo
Voici le fait qui donne son intérêt à la date.
Le daguerréotype est présenté à l'Académie des sciences en 1839. La coupole devient verte en 1837.
Deux ans séparent les deux événements. La conséquence est directe et vérifiable : la photographie arrive juste après le changement, et il n'existe donc aucune photographie de l'état antérieur. Il ne peut pas y en avoir.
C'est une contrainte documentaire, pas une opinion. Elle explique pourquoi ce chapitre repose sur une figure dessinée plutôt que sur des images d'archives, et pourquoi cette figure est annoncée comme une reconstitution du début à la fin.
La coupole est plus jeune que ce qu'elle couvre
L'enveloppe extérieure que l'on voit aujourd'hui est ottomane, et elle date de 1818, sous le sultan Mahmud II.
Ce qu'elle couvre est bien plus ancien. Une première coupole, en bois, est élevée en 1279 ou 1280, sous le sultan mamelouk al-Mansur Qalawun.
Un incendie l'emporte en 1481, soit 886 de l'hégire. Elle est refaite en pierre sous le sultan Qaitbay.
Entre 1482 et 1818, plusieurs reprises se succèdent. Nous ne les chiffrons pas, parce que les sources ne s'accordent pas sur leur nombre. Ce que l'on peut dire sans risque, c'est que la coupole a brûlé et été relevée plus d'une fois avant de recevoir son enveloppe actuelle.

Une couleur d'entretien
Depuis 1837, on l'a toujours repeinte en vert.
Il faut mesurer ce que cela veut dire. Une coupole exposée au soleil et au vent ne garde pas sa peinture. Elle se repeint, à intervalles réguliers, comme n'importe quelle surface extérieure. La couleur qui identifie Médine dans le monde entier n'est donc pas une matière ancienne, c'est un entretien reconduit.
Cela ne diminue rien. Cela déplace simplement l'objet : ce que l'on regarde n'est pas un vestige, c'est une décision reprise à chaque campagne d'entretien depuis presque deux siècles.
Une remarque sur l'échelle du temps
La vidéo de ce chapitre porte un axe du temps, et cet axe est en deux morceaux. Ce n'est pas un caprice graphique.
Sur un seul axe couvrant 1250 à aujourd'hui, les étiquettes 1818, 1837 et 1839 se recouvrent : à cette échelle, deux ans font deux pixels. Nous aurions pu écarter les étiquettes pour qu'elles tiennent, mais cela aurait menti sur l'échelle, c'est-à-dire précisément sur le fait que l'article raconte.
L'axe principal ne porte donc que 1279, 1482 et 1818, et un détail agrandi, annoncé comme tel, porte le trio serré de la fin. Le tassement n'est pas un défaut de dessin, c'est le fait lui-même : l'image mondialement reconnue de Médine est récente, et elle arrive juste avant l'appareil photo.

Ce que la figure ne dit pas
Les silhouettes ne sont pas des relevés. Aucun dessin d'archive de la coupole de 1279 ni de celle de 1482 n'est attesté. La forme dessinée est identique à chaque étape, et c'est délibéré : ce qui est documenté, c'est la matière et la couleur, pas le profil.
Aucune dimension n'est donnée. Les diamètres et les hauteurs qui circulent ne sont pas rattachables à un état daté avec assez de certitude pour être affichés.
Le libellé « reconstitution » est affiché en permanence, avec la mention qu'aucune image de l'état antérieur n'est attestée.
Les souverains changent, la mosquée reste
Une dernière chose, qui rattache ce chapitre au reste de la série.
Tout ce qui vient d'être décrit concerne une enveloppe : sa matière, sa couleur, ses reprises. Elle a été commandée par un sultan mamelouk, refaite par un autre, reprise par un sultan ottoman, puis repeinte par un troisième. Sous cette enveloppe, le point couvert n'a jamais été déplacé, et c'est le sujet du chapitre 2.
C'est la même mécanique que celle qui gouverne tout l'édifice : l'enveloppe s'adapte, le centre ne se négocie pas. Les souverains, la couleur et les pèlerins changent. La mosquée, elle, est toujours là.

Pourquoi le vert, au fait
La question vient naturellement, et la réponse honnête est que nous ne l'avons pas trouvée dans une source solide.
On lit beaucoup d'explications symboliques. Aucune n'est adossée à un document contemporain de la décision de 1837 que nous ayons pu consulter, et nous ne reprenons pas une interprétation faute de mieux. Ce que les sources établissent, c'est la date et le fait, pas le motif.
C'est une limite qu'il vaut mieux afficher que combler. Une explication plausible mais non sourcée se recopie ensuite d'un site à l'autre jusqu'à passer pour établie, et c'est précisément le mécanisme que cette série essaie de ne pas alimenter.
Nos sources
Faits recoupés sur Andrew Petersen, Dictionary of Islamic Architecture, et sur Ali Hafiz, Fusul min Tarikh al-Madinah al-Munawwarah : première coupole de bois en 1279-80 sous al-Mansur Qalawun, incendie de 1481 puis reprise en pierre sous Qaitbay, enveloppe extérieure actuelle de 1818 sous Mahmud II, première mise en peinture verte en 1837.
La date de 1839 pour la présentation du daguerréotype à l'Académie des sciences est un fait d'histoire des techniques, indépendant du sujet, et c'est ce qui en fait un bon repère.
La suite de la série
Le chapitre 5 traite d'un autre choix de matière, celui du sol des esplanades, et montre qu'il répond lui aussi à une contrainte physique précise.
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Mosquées citées dans cet article

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