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Masjid an-Nabawi, chapitre 2 · Médine · 8 min de lecture
Un bâtiment énorme, et un centre qui n'a pas bougé depuis 622
La mosquée du Prophète (paix et bénédiction d'Allah sur lui) a commencé à mille cinquante mètres carrés. Le chantier en cours porte l'ensemble au-delà du million, esplanades couvertes comprises. Entre les deux, quatorze siècles d'agrandissements, et une constante qui explique toute la géométrie du lieu : à chaque fois, on ajoute tout autour.
Deux chiffres, et rien entre les deux
Commençons par ce qui est solide. L'emprise initiale, en 622, est d'environ mille cinquante mètres carrés. L'ensemble actuel, chantier en cours et esplanades couvertes comprises, dépasse le million.
Ces deux valeurs sont sans ambiguïté. Ce qui se trouve entre elles l'est beaucoup moins, et il faut le dire tout de suite, parce que c'est la principale difficulté de ce chapitre.
Les sources donnent des surfaces pour chaque campagne, mais elles mélangent deux choses : parfois la surface ajoutée, parfois la surface totale après travaux. Les deux séries ne se raccordent pas, et additionner les unes aux autres produit des totaux qui ne correspondent à rien. Nous ne les chaînons donc pas. Les chiffres intermédiaires cités plus bas sont donnés comme des jalons, pas comme une suite arithmétique.

Les jalons
Le Prophète (paix et bénédiction d'Allah sur lui) double l'emprise en 628. Omar (radiya Allahu anhu) ajoute en 638. Othmane (radiya Allahu anhu) reprend l'ouvrage en 649.
Viennent ensuite les reprises omeyyade, abbasside, mamelouke, puis ottomane. Chacune refait, agrandit, remplace des matériaux, ajoute des portiques ou des minarets, et aucune ne déplace le centre.
Au vingtième siècle, un premier agrandissement porte l'ensemble à seize mille cinq cent quarante-huit mètres carrés. Le suivant le porte à deux cent trente-cinq mille. Depuis, le chantier n'a plus jamais vraiment cessé.
Le rapport entre le début et l'état actuel dépasse donc le facteur mille. Ce n'est pas une croissance régulière, c'est une succession de sauts, et chacun répond à une pression de foule qui n'a jamais diminué.
Ce qui ne bouge pas
Voici la raison pour laquelle toutes ces campagnes ont la même forme.
La mosquée est née contre une habitation. Elle ne s'est pas installée sur un terrain vierge dont on aurait pu choisir le centre. Elle s'est constituée à côté d'un point donné, et ce point n'a jamais été déplacé.
Cela a une conséquence géométrique très concrète : on ne peut pas agrandir dans toutes les directions à parts égales. Du côté où se trouve ce point, il n'y a pas de place à prendre. Toute la croissance se fait donc autour, et de façon dissymétrique.
C'est ce qui explique une chose que les visiteurs remarquent sans toujours se l'expliquer : le centre du bâtiment actuel n'est pas au milieu de l'ensemble actuel. Il est décalé. Ce décalage n'est pas un défaut de conception, c'est la trace, encore lisible, du point de départ.

Une croissance par cercles
L'image qui rend le mieux compte du processus n'est pas celle d'un bâtiment qu'on rallonge, mais celle d'enceintes successives qui s'emboîtent.
À chaque campagne, une enveloppe plus grande vient englober la précédente. Ce qui était l'extérieur devient l'intérieur. Les murs d'hier deviennent des cloisons, puis disparaissent. Les cours deviennent des salles, et de nouvelles cours se forment au-delà.
C'est un mode de croissance qu'on retrouve dans peu d'édifices, parce qu'il suppose une contrainte rare : l'impossibilité de déplacer le centre. Un théâtre, une gare, un marché peuvent être reconstruits ailleurs. Ici, non.
La série consacrée à Masjid al-Haram décrit exactement la même mécanique sur un autre site, avec les mêmes conséquences : acheter, démolir, repousser la limite. Les deux édifices partagent une contrainte que presque aucun autre bâtiment au monde ne connaît.
Ce que nous ne montrons pas
La vidéo de ce chapitre porte une animation de croissance concentrique. Il faut être clair sur ce qu'elle est et sur ce qu'elle n'est pas.
Ce ne sont pas des emprises relevées. Comme expliqué plus haut, les surfaces intermédiaires des sources ne se chaînent pas. Les rectangles de l'animation sont des ordres de grandeur, pas des plans, et l'écran le dit en permanence.
Aucune orientation n'est nommée. La croissance est dessinée dissymétrique, ce qui est exact, mais la figure ne dit ni nord ni sud. Les descriptions anciennes ne s'accordent pas assez pour qu'on se permette d'orienter un schéma.
Le point fixe est une marque de position. Il ne représente aucun édifice et ne porte aucun libellé. La ligne de cette série est de décrire ce que le lieu est, et non d'aborder les modalités de la visite.

Pourquoi le chantier ne s'arrête pas
On pourrait croire qu'un bâtiment atteint un jour sa taille définitive. Ce n'est pas le cas ici, et pour une raison simple : la contrainte n'est pas la taille du bâtiment, c'est le nombre de personnes qui doit pouvoir s'y trouver en même temps.
Ce nombre a augmenté à chaque siècle, et il a explosé au vingtième avec le transport aérien. Un édifice dimensionné pour des dizaines de milliers de personnes doit alors en accueillir des centaines de milliers, sans pouvoir bouger, et sans pouvoir fermer.
Les esplanades couvertes, traitées au chapitre 1, sont une réponse directe à ce problème : elles fabriquent de la surface utilisable sans construire de salle supplémentaire.
Nos sources
Les surfaces citées proviennent de l'encyclopédie d'État saoudienne : emprise initiale de 1 050 m², doublement en 628, ajouts de 638 et 649, reprises omeyyade, abbasside, mamelouke et ottomane, premier agrandissement du vingtième siècle à 16 548 m², suivant à 235 000 m², et chantier en cours au-delà du million, esplanades couvertes comprises.
Nous n'avons chaîné aucune de ces valeurs entre elles, pour la raison exposée au début de cet article. Seuls les deux bouts de la série sont donnés comme des totaux fermes.
La suite de la série
Le chapitre 3 décrit ce qu'était le bâtiment de départ, celui de mille cinquante mètres carrés : de la brique crue, des troncs de palmier, un toit de palmes. Le chapitre 6 raconte l'autre moitié du mouvement : pendant que le bâtiment grandissait, ses fonctions en sortaient une à une.
À découvrir
Mosquées citées dans cet article

Mosquée bleue (Sultan Ahmed)
Six minarets, une cascade de coupoles et plus de 20 000 carreaux d'Iznik : l'icône d'Istanbul.

Mosquée Nasir al-Mulk
La « mosquée rose » de Chiraz, dont les vitraux transforment chaque matin la prière en kaléidoscope.

Mosquée Cheikh Lotfollah
Le joyau safavide de la place Naqsh-e Jahan : ni minaret, ni cour, mais le plus beau dôme d'Iran.
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