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Masjid an-Nabawi, chapitre 1 · Médine · 8 min de lecture
Quarante tonnes, et ça s'ouvre en trois minutes
Sur les esplanades de la mosquée du Prophète (paix et bénédiction d'Allah sur lui), à Médine, des parasols géants s'ouvrent chaque matin. Un seul pèse quarante tonnes et met cent quatre-vingts secondes à se déployer. Et en s'ouvrant, il descend. C'est le premier des faits contre-intuitifs de cette série, et il n'a rien d'un détail : il explique le reste.
Ce qu'on voit, et ce qu'on ne voit pas
La première chose que voit un visiteur qui arrive tôt sur l'esplanade, c'est un alignement de troncs blancs. Ce sont les parasols repliés. Ils ne ressemblent alors à rien de connu : ni à des arbres, ni à des colonnes, ni à des mâts. Ce sont des fuseaux étroits, très hauts, dont les nervures sont rassemblées le long d'un mât central.
Puis ils s'ouvrent. La toile se déploie en même temps que l'armature, et la silhouette change complètement en trois minutes. Ce qui était un objet vertical devient un objet horizontal.
La chose qu'on ne voit pas, c'est que l'ensemble a baissé.

Un parasol qui s'ouvre descend
Les chiffres viennent de la fiche de projet du concepteur, l'agence allemande SL Rasch, spécialisée dans les structures légères, sous le nom de Madinah Piazza Shading Project. Aucun chiffre de cet article n'est de seconde main.
Replié, un parasol monte à 21,7 mètres. Déployé, il redescend à 14,4 mètres, ou 15,3 selon les modèles.
Il faut s'arrêter là-dessus, parce que c'est l'inverse de l'intuition. Un parapluie qu'on ouvre ne change pas de hauteur, il s'élargit. Ici, l'objet perd sept mètres en s'ouvrant.
La raison tient au mécanisme. La toile ne recouvre pas une armature fixe. Elle est portée par des bras qui se plient, et ces bras, en se dépliant vers l'extérieur, entraînent le sommet vers le bas. Quand le parasol se referme, le mouvement inverse se produit : les bras remontent le long du mât, et la toile se range à l'intérieur du fuseau au lieu de pendre autour de lui.
C'est ce dernier point qui compte pour la durée de vie de l'ouvrage. Une membrane qui reste exposée en permanence vieillit vite. Une membrane qui rentre dans son propre mât est protégée du soleil pendant toutes les heures où elle ne sert pas.

Ce que fabrique une ombre
Chaque parasol jette six cents mètres carrés d'ombre. L'ensemble du dispositif en couvre cent cinquante mille, sous lesquels l'esplanade peut recevoir jusqu'à deux cent cinquante mille personnes. Le dispositif a été achevé en 2011.
On peut lire ces chiffres comme du confort. Ce serait passer à côté du sujet.
À Médine, en été, l'air dépasse largement les quarante degrés, et l'esplanade se parcourt pieds nus. Un sol nu exposé au soleil devient impraticable, non pas désagréable, impraticable. Une esplanade sans ombre est donc une esplanade que personne ne peut occuper aux heures chaudes.
Autrement dit, ces quarante tonnes ne fabriquent pas de la décoration. Elles fabriquent de la place. L'ombre est ici une surface utilisable, au même titre qu'un dallage ou qu'un escalier, et c'est pour cela qu'elle relève de l'ingénierie et non de l'ornement.
C'est aussi ce qui explique que le sujet revienne ailleurs dans cette série. Le choix de la pierre du sol répond au même problème par un autre moyen, et il fait l'objet de son propre chapitre.

Combien y en a-t-il ? Le concepteur ne le dit pas
Voici le point sur lequel il faut être honnête, parce qu'il est instructif.
On lit très souvent le chiffre de 250 parasols. Il est cohérent : cent cinquante mille divisé par six cents donne bien deux cent cinquante. Mais c'est précisément le problème. Ce n'est pas une donnée relevée, c'est une division, faite par des tiers à partir de deux chiffres publiés, et republiée ensuite comme si elle venait de la source.
Le concepteur, lui, ne donne pas de total. Il donne autre chose : les parasols sont installés par groupes de deux à quinze unités, selon la géométrie de l'espace à couvrir.
Nous nous en tenons donc à ce que la source dit. Dire ce qu'une source ne dit pas est une information, et c'est souvent la plus utile : elle indique où s'arrête ce qui est vérifié.

Pourquoi cette solution plutôt qu'un toit
La question se pose : pourquoi ne pas couvrir une fois pour toutes ?
Parce qu'une esplanade couverte en permanence n'est plus une esplanade. Elle devient une salle. Or ces surfaces servent aussi bien à la prière qu'à la circulation, elles doivent pouvoir être vidées, lavées, traversées, et elles doivent rester ouvertes au ciel quand la chaleur retombe. Un dispositif mobile permet les deux états, ce qu'aucune toiture fixe ne permet.
Il y a une seconde raison, plus prosaïque. Une couverture fixe de cent cinquante mille mètres carrés est une prise au vent permanente, et un piège à chaleur. Un parasol se replie quand le vent monte.
Une remarque sur les chiffres
Deux valeurs circulent pour la hauteur déployée, quatorze mètres quarante et quinze mètres trente. Ce n'est pas une contradiction : le dispositif comporte plusieurs modèles, et les esplanades n'ont pas toutes la même géométrie. Nous donnons les deux plutôt que d'en choisir une.
De même, la durée d'ouverture de cent quatre-vingts secondes est celle du concepteur. Les durées observées peuvent varier avec le vent et la maintenance, et nous n'avons trouvé aucune mesure indépendante publiée.

Nos sources
La fiche de projet du concepteur, SL Rasch, Madinah Piazza Shading Project, pour la totalité des chiffres cités : surface d'ombre par unité, hauteurs repliée et déployée, poids, durée d'ouverture, surface totale ombragée, capacité, année d'achèvement et taille des groupes.
Nous n'avons retenu aucun chiffre de seconde main, et nous signalons explicitement le seul nombre que le concepteur ne publie pas, celui du total.
La suite de la série
Le chapitre 2 montre pourquoi l'ensemble a cette géométrie : la mosquée a grandi par cercles autour d'un point qui n'a jamais été déplacé. Le chapitre 5 revient sur la chaleur, mais par le sol : le marbre choisi pour les esplanades renvoie l'essentiel du rayonnement et évacue vers le bas le peu qu'il absorbe.
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