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Masjid an-Nabawi, chapitre 3 · Médine · 8 min de lecture
La première version était en troncs de palmiers
En 622, à Médine, la première mosquée du Prophète (paix et bénédiction d'Allah sur lui) tient dans un carré d'environ trente mètres sur trente-cinq. Les murs sont en brique crue, le toit repose sur des troncs de palmier, et il est à trois mètres soixante du sol. On peut le toucher en levant le bras.
Une remarque préalable sur les images
Il n'existe et il ne peut exister aucune image du bâtiment de 622. Aucune fouille n'en a livré le plan. Ce que nous savons vient des descriptions écrites, et il faut le dire avant tout le reste, parce que cela conditionne la façon dont ce chapitre est illustré.
La figure de la vidéo est donc une reconstitution, et l'écran l'affiche en permanence. Elle met en place des éléments attestés par les sources : un socle, des murs, des supports, une couverture partielle. Elle ne prétend pas restituer un plan.

Les dimensions
L'emprise est d'environ trente mètres cinquante sur trente-cinq mètres soixante, soit un carré d'une trentaine de mètres de côté. C'est la taille d'une grande cour, pas celle d'un monument.
Ce chiffre mérite d'être rapproché de celui du chapitre précédent : mille cinquante mètres carrés, contre plus d'un million aujourd'hui. Le rapport dépasse le facteur mille, et c'est en gardant cet écart en tête qu'il faut lire ce qui suit.
La matière
Les murs sont en brique crue, c'est-à-dire en terre moulée et séchée au soleil, sans cuisson. Ils sont montés sur un socle de maçonnerie de pierre d'environ un mètre cinquante de haut.
Ce socle n'est pas décoratif. La brique crue craint l'eau, et surtout les remontées d'humidité par le bas. Un soubassement de pierre isole le mur du sol et lui permet de tenir. C'est une solution qu'on retrouve partout où l'on construit en terre, et c'est la raison pour laquelle des édifices de terre traversent les siècles alors qu'on les croit fragiles.
La couverture repose sur des troncs de palmier dressés, avec des poutres transversales, et elle est faite de palmes et d'argile battue.
Autrement dit, l'ensemble du bâtiment est fait de ce que produit l'oasis. La terre du sol, la pierre du relief, le palmier de la palmeraie. Il n'y a rien d'importé.

Trois mètres soixante
La hauteur sous toiture est d'environ trois mètres soixante. Ce chiffre dit plus qu'il n'en a l'air.
Un adulte debout qui lève le bras atteint à peu près deux mètres vingt. Trois mètres soixante, ce n'est donc pas un plafond qu'on touche du bout des doigts, mais c'est un plafond qu'on voit, dont on perçoit la structure, sous lequel on n'a aucune sensation de vertige ou de démesure.
Il faut le comparer à ce qui viendra ensuite dans l'architecture des mosquées : des coupoles à trente mètres, des nefs à vingt. Ici, rien de tel. L'échelle est domestique.
Nous devons signaler une divergence, parce qu'elle existe. Certaines sources décrivent la hauteur non par un chiffre mais par une formule, la hauteur d'un homme bras levés, ce qui donnerait plutôt deux mètres vingt à deux mètres cinquante. Les deux valeurs ne se recouvrent pas. Nous retenons trois mètres soixante parce que c'est un chiffre, et nous signalons l'autre parce que la taire serait donner une fausse impression de certitude.
Le toit ne couvre pas tout
C'est un point souvent perdu dans les reconstitutions modernes, qui dessinent volontiers une salle entière.
La couverture n'occupe qu'une partie de l'enceinte, du côté vers lequel on prie. Le reste est une cour à ciel ouvert.
Cette disposition n'est pas une étape intermédiaire vers un bâtiment complet. C'est un type : une enceinte, une zone abritée d'un côté, une cour. Toute l'architecture des mosquées à cour dérive de cette organisation, et on la reconnaît encore aujourd'hui dans des édifices immenses qui n'ont plus rien de commun avec celui-ci.

Ce qu'il n'y a pas
Il n'y a ni minaret, ni coupole, ni décor.
L'appel se lance depuis le toit de la maison la plus haute des environs. Le minaret comme élément d'architecture apparaîtra plus tard, et il n'a donc rien d'un attribut originel.
Ce que le bâtiment est, en revanche, dépasse la seule fonction de prière : on s'y réunit, on y parle, on y tranche des affaires. C'est un lieu de culte et un lieu public, et cette double nature explique une partie de sa forme, notamment l'importance de la cour.
Ce qu'Othmane (radiya Allahu anhu) en fait
Plus tard, le calife Othmane (radiya Allahu anhu) fait reprendre l'ensemble : les murs sont remontés en pierre taillée, les troncs de palmier sont remplacés par des fûts de pierre, et la couverture par un toit de teck.
Il faut noter ce que cela signifie. En une seule campagne, les trois matériaux d'origine sont remplacés par des matériaux durables, dont l'un, le teck, est importé. Le bâtiment change de nature : il passe de l'architecture de l'oasis à l'architecture de l'empire.
C'est aussi la raison pour laquelle il ne reste rien de matériel du bâtiment de 622. Il n'a pas été détruit, il a été remplacé pièce par pièce.

Pourquoi ce chapitre est difficile à illustrer
La difficulté n'est pas de trouver des photographies de Médine, il y en a beaucoup. Elle est qu'aucune ne montre le sujet, puisque le sujet a disparu il y a quatorze siècles.
Nous avons donc fait deux choses. Les photographies de cet article montrent les matériaux, palmiers, pierre, terre, et non des lieux qu'elles ne peuvent pas montrer. Et le mécanisme, lui, passe par une figure dessinée, annoncée comme une reconstitution du début à la fin.
C'est une règle que nous appliquons à toute la série : quand une image ne peut pas dire la vérité, elle ne doit pas essayer de la suggérer.
Nos sources
Littérature encyclopédique référencée sur la mosquée du Prophète (paix et bénédiction d'Allah sur lui) pour les dimensions, les matériaux, la hauteur sous toiture, l'étendue partielle de la couverture et les travaux d'Othmane (radiya Allahu anhu).
Nous signalons explicitement la divergence sur la hauteur, et nous rappelons qu'aucun relevé archéologique du bâtiment de 622 n'existe.
La suite de la série
Le chapitre 2 raconte ce qu'est devenu ce carré de trente mètres. Le chapitre 6 montre tout ce qu'on faisait sous cette toiture de palmes, en plus d'y prier.
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Mosquées citées dans cet article

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