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Masjid al-Haram, chapitre 9 · La Mecque · 9 min de lecture
Rien ne peut se tenir dans l'anneau, pas même Zamzam
La Mecque est bâtie dans une vallée sèche. Il n'y a pas de rivière, et dans un tel site, un point d'eau n'est pas un agrément : c'est ce qui permet à un établissement humain de tenir.
À vingt et un mètres à l'est de la Kaaba se trouve un puits d'une trentaine de mètres de profondeur, celui de Zamzam, dont l'eau est bue par tous ceux qui viennent au sanctuaire.
Mais vingt et un mètres, c'est en plein dans l'anneau où se fait le tour. Et dans ce bâtiment, tout ce qui se tient dans l'anneau finit par en sortir.

1964 : le bâtiment disparaît
Pendant des siècles, un édifice a couvert le puits, au milieu de la cour. On le voit sur les plans anciens du sanctuaire et sur les photographies du dix-neuvième et du début du vingtième siècle : une construction autonome, avec sa margelle protégée, plantée au beau milieu de l'espace où l'on tourne.
En 1964, il est démoli. Le motif n'a rien de mystérieux : le mataf devait être élargi pour absorber un nombre de pèlerins qui augmentait d'année en année, et cet édifice occupait une part significative de la bande utile.
Le puits, lui, ne peut pas bouger. La solution retenue consiste donc à le faire descendre : son ouverture est abaissée dans un sous-sol creusé à moins de trois mètres sous le dallage, auquel on accède par un escalier.

2003 : l'escalier disparaît à son tour
Le problème n'était que déplacé, et il a mis quarante ans à se reposer dans les mêmes termes.
L'escalier qui descendait au sous-sol débouchait, lui aussi, dans l'anneau. Une trémie ouverte au milieu d'un espace où des dizaines de milliers de personnes tournent en même temps est à la fois une perte de surface et un point de friction dans le flux.
En 1424 de l'hégire, soit 2003, le sous-sol a été fermé et scellé, les entrées supprimées, et les fontaines reportées sur les côtés du mataf pour permettre un nouvel élargissement.
Aujourd'hui, le puits est toujours à vingt et un mètres de la Kaaba, et personne ne peut l'atteindre. Les pèlerins marchent sur le dallage qui le recouvre sans rien en voir. Il n'existe aucune indication au sol.

L'eau, elle, sort quand même
C'est la seconde moitié de l'histoire, et elle est purement logistique.
L'eau est pompée depuis le puits scellé, puis acheminée sur cinq kilomètres vers le sud, où elle est filtrée, traitée et embouteillée avant de revenir au sanctuaire. Elle y est distribuée par des fontaines et des distributeurs répartis dans tout le bâtiment, ainsi que par des bidons réfrigérés disposés dans les salles et les galeries.
Les volumes donnent la mesure de l'opération : de l'ordre de neuf cent cinquante mille litres par jour en temps normal, et jusqu'à un million six cent mille litres par jour en période de forte affluence.
Autrement dit, l'usage n'a pas été supprimé, il a été délocalisé. Ce qui occupait le centre occupe désormais la périphérie, et le trajet de l'eau s'est allongé de cinq kilomètres pour que le tour gagne quelques mètres carrés.

Un puits qui ne suffit pas seul, et qui n'a pas à suffire
Un dernier point mérite d'être posé, parce qu'il explique pourquoi l'usine et les réservoirs existent.
En temps normal, le puits fournit environ neuf cent cinquante mille litres par jour, pour une consommation de l'ordre de sept cent mille. L'excédent est de quelque deux cent cinquante mille litres quotidiens. En période de forte affluence, le rapport s'inverse : la fourniture monte jusqu'à un million six cent mille litres, mais la consommation peut atteindre deux millions. Il manque alors près de quatre cent mille litres par jour.
Le système ne tient donc pas par le débit du puits, il tient par le stockage. Le site de traitement au sud de la ville dispose d'un réservoir de dix mille mètres cubes, soit dix millions de litres. À raison de quatre cent mille litres de déficit quotidien, cette réserve couvre à elle seule une pointe de plusieurs semaines.
Autrement dit, l'excédent des jours ordinaires est accumulé pour financer les jours de pointe. C'est exactement la logique d'un tampon, et c'est la même que celle du reste du sanctuaire : on ne dimensionne pas pour la pointe, on l'absorbe.

Trois objets, une seule loi
Ce chapitre est le troisième d'une série qui montre la même mécanique appliquée à des objets de nature différente.
Le chapitre six retire des piliers, c'est-à-dire de la structure : quarante-quatre pour cent des appuis de la mosquée ont été supprimés, et la reconstruction s'est faite sans en remettre un seul dans le tour. Le chapitre sept retire des appuis provisoires, c'est-à-dire du chantier : une passerelle à deux niveaux a coûté onze mille tours par heure au sol tant que ses pieds y étaient plantés.
Celui-ci retire un usage. Le puits ne pouvait ni bouger ni être remplacé, alors c'est l'accès qui a été supprimé, et la fonction déportée à cinq kilomètres.
Dans les trois cas, la règle est la même, et elle ne souffre aucune exception : rien ne peut se tenir dans l'anneau.
Le chapitre suivant, et le dernier, applique la même loi à un objet qu'on ne pouvait ni bouger ni remplacer : le maqam d'Ibrahim (paix sur lui), dont seule l'enveloppe a rétréci.
Nos sources
- Sur la position et la profondeur du puits, sur les débits et sur le circuit de traitement, les données publiées par les autorités saoudiennes et leur reprise dans la presse.
- Sur la démolition de 1964 et sur la fermeture de 2003, les chronologies du sanctuaire et les archives photographiques.
- Sur les plans anciens du sanctuaire montrant l'édifice au milieu de la cour, les relevés du dix-neuvième siècle.
- Sur les deux chapitres cités, voir le problème du débit et empiler les niveaux.
- Photographies : Pexels et Wikimedia Commons.